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Le monde d’après, les 50 ans +, le travail.

22 avril 2020

“LE MONDE D’APRÈS”. C’est une réflexion qui va et vient en ce moment. Nous y pensons certainement toutes et tous, pas toute la journée bien sûr, mais quand même un peu. Et il y a comme une petite musique qui se crée au fil des jours et qui nous parle de se réinventer, de créativité, d’inventivité, de souplesse, d’adaptabilité … Comme si nous allions nous trouver propulser dans un monde tout neuf, tout propre, où tout est possible. Je vois se dessiner comme une grande utopie du renouveau, de la renaissance. Super, le rêve est un formidable levier de progression et de résilience.

Moi, mon plus grand rêve du “monde d’après”, c’est que le travail nous soit aussi accessible, à nous, les 50 ans et plus.

Les 50 ans, ceux que le monde d’avant avaient tendance à reléguer très facilement à Pôle Emploi. Ceux qu’on range dans des cases en “iors” ou dans des tonalités de flanelle grise. Celles et ceux qui sont victimes des stéréotypes de l’âge qui ont la vie dure. L’âge est une vraie discrimination. Pour les recruteurs, l’âge est synonyme de salaires trop élevés, de rigidité, de résistance aux changements, de moindre capacité d’adaptation aux technologies, … Des clichés qui nous collent à la peau et qui rendent le monde du travail hostile aux “iors”. Difficiles à manager, trop chers, trop qualifiés, moins motivés, voilà les 4 clichés que nous entendons en permanence.

Et si nous sommes juste des personnes avec une forte expérience, qui savent travailler vite, gérer le stress et naviguer dans des environnements à multiples paramètres et contraintes. Des personnes qui débordent d’énergie et qui n’ont aucun problème d’adaptation ni face aux organisations ni face au travail en équipes matricielles, pluridisciplinaires.

Pourquoi notre seul horizon devrait-il être de devenir travailleur indépendant, auto entrepreneur ?

En clair, de créer son propre travail. Tout le monde n’en a pas forcément envie ni les moyens. Je connais plein de femmes de 50 ans qui adorent être salariées et qui ne comprennent pas bien pourquoi le marché du travail les rejette ? C’est quand même étrange cet ostracisme envers l’âge, ce rejet, cette peur de ce que vieillir représente. C’est d’autant plus étonnant qu’aujourd’hui les marqueurs de l’âge sont beaucoup plus tardifs qu’auparavant. Pourquoi le monde du travail serait-il réservé aux jeunes ? J’avoue que j’ai du mal à comprendre. Quand je regarde autour de moi, je vois plein de femmes quinquas qui sont pleine d’énergie, qui ont envie de continuer leur activité ou qui se reconvertissent mais qui dans tous les cas ont à coeur de rester active de plein pieds dans l’économie du travail.

Pourquoi les 50 ans + sont évincées du monde du travail ?

Je ne suis pas naïve et je sais qu’une personne de 40 ans aura un salaire et donc un coût inférieur pour l’entreprise. Oui mais en terme de collectivité, quel est le coût économique et social de cette mise à l’écart des 50+ ? Pourquoi vieillir devrait rimer avec perte de pouvoir d’achat ? avec le moins ? C’est un pacte social qui n’est pas acceptable. et nous n’avons pas à l’accepter. Pourquoi faire passer l’âge avant les compétences ? C’est un sujet qui est fort dans notre pays. Quand je regarde ailleurs, je me rends compte qu’il y a plein de pays où le travail des 50 + ne génère pas du tout le même ostracisme. Regardez le monde anglo-saxon, l’Asie, le marché du travail est beaucoup moins polarisé autour des jeunes. Il est beaucoup plus inclusif. L’expérience y est valorisée.

Je fais le vœu “d’un monde d’après” où on arrête de séparer et d’opposer les générations.

Cette crise sanitaire nous apprend bien une chose essentielle, c’est que nous sommes toutes et tous reliés et dépendants les uns des autres. Les jeunes, les moins jeunes, les vieux et les très vieux.

Et regarder combien nous ne sommes pas à l’aise avec le vieillir. Regardez le débat qui est en train d’émerger autour de l’âge auquel on serait vieux et donc susceptible d’être déconfiné ou pas. Regardez ces septuagénaires qui râlent et refusent d’être considérés comme des vieux. Alors, imaginez, nous les quinquas comment nous vivons notre difficile intégration au marché du travail du monde d’avant pour ne pas dire son exclusion ?

C’est assez insupportable cette corrélation négative entre vieillir et travailler. Vieillir fait partie de la vie et ce n’est ni une faute ni une maladie. C’est. Voilà. Et vieillir n’empêche pas de travailler. Je trouve anormal que ce sujet ne soit pas adressé en vrai au-delà des tribunes officielles.

Pourquoi malgré nos CV en béton armé, nos profils Linkedin magnifiques et nos super expériences, les offres d’emploi n’arrivent pas jusqu’à nous ? Pourquoi nos réponses à des offres d’emploi restent sans réponse alors que nous correspondons exactement au profil recherché ? Le ghosting ? J’ai dû apprendre ce mot. Il correspond à la disparition subite de vos interlocuteurs quand vous êtes en recherche d’emploi. Vous avez un premier entretien où tout se passe bien, votre interlocuteur vous complimente et vous promet de revenir vers vous rapidement. Parfois, 2 ans après, vous attendez toujours son appel. Ça c’est le ghosting ! Je sais que ça vous semble familier.

Et tout ça pourquoi ?

La réponse est simple, nous avons plus de 50 ans.

C’est un vrai sujet du monde d’avant. Le sera-t-il toujours dans le monde d’après ?

Que faut-il faire là maintenant tout de suite pour que ça change ? Pour que nous retrouvions un accès au marché du travail et ce quelque soit les niveaux. Les cadres comme les employés.

Oui, à 50 ans on a envie de continuer à faire partie de la vie, de là où se passe l’activité. On ne veut pas être exclu. Nous voulons travailler, produire, faire partie des actifs car c’est comme ça que nous nous voyons, que nous nous projetons. J’ai en tête ce film super sympa “The Intern” ( le stagiaire) où Robert de Niro se retrouve à 70 ans passé stagiaire dans une start up créée par une jeune femme de 25 ans … au fur et à mesure il devient un élément clé de l’organisation. Pourquoi ? Parce que ses compétences sont complémentaires à celles de la fondatrices et que sa présence décuple l’efficacité générale. Utopique ? Non je suis convaincue du contraire. Toutes les générations peuvent travailler ensemble.

Je trouve vraiment insupportable l’hypocrisie du “monde d’avant” où on nous demande de travailler plus longtemps et en même temps dès qu’on approche les 50 ans et encore plus quand on les dépasse, impossible de trouver un job en ligne avec son profil, ses compétences, son expertise. Et cela même quand nous sommes prêts à faire des sacrifices financiers, ce qui vous en conviendrez n’est pas une situation normale. Pourquoi le salaire, la rémunération deviendrait à partir de 50 ans inversement proportionnelle ? Il n’y a pas de logique à ça.

Dire non à l’agisme dans le “monde d’après”.

Encore un nouveau mot que j’apprends, la discrimination, les préjugés envers une personne du fait de son âge. Comment dans ce contexte accepter son âge ? Ne pas avoir peur de vieillir quand vieillir signifie l’exclusion dès 50 ans ? Du coup, c’est vrai que je vois autour de moi, de plus en plus de femmes qui vivent mal de vieillir. Et je les comprends. Qui a envie d’être exclue de là où tout se passe ? de la vie active qui est la vie tout court ?

Est-ce que nous sommes moins performant ? non je ne le crois pas et bien au contraire même. Sommes-nous moins adaptables ? Non ni plus ni moins qu’un quadra ou un trentenaire. Sommes-nous suffisamment souples et adaptables pour travailler en équipes avec des gens d’âges et de cultures différents ? Oui heureusement.

Que pouvons-nous faire ?

Pour que “le monde d’après” soit différent et plus réuni, affirmons haut et fort que nous ne voulons plus de cet ostracisme ; que notre force de travail est là puissante et qu’elle a à cœur de se déployer dans ce “monde d’après”. Manifestons notre intention de continuer à appartenir au monde du travail. Soutenons-nous, aidons-nous les unes les autres. Nous ne le faisons pas assez. Et pourtant la solidarité et la sonorité sont essentielles pour réussir à faire bouger les lignes.

Nos compétences sont là, c’est le regard des autres sur nous qui changent et qui finit par déteindre sur nous. Pour changer le regard porté sur la relation âge-travail, parlons-en. Ce n’est pas un sujet tabou. On n’ose pas toujours dire, oui c’est difficile pour moi de trouver un job car je sens que mon âge est une barrière. Moi la première, j’ai mis beaucoup d temps à le reconnaître et comme bon nombre d’entre nous, j’essaye de créer mon travail.

Et vous, comment faites-vous ?

Comment vous situez-vous par rapport au travail ? Ressentez-vous ou avez-vous subi cet ostracisme del âge dans votre monde professionnel ? Vos témoignages m’intéressent.

 

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