Décomplexer notre rapport à la réussite !

Sommes-nous à égalité avec nos camarades masculins quand on parle réussite et ambition professionnelles ? La réponse est non. La réussite et l’ambition ont du mal à se conjuguer au féminin. Pourtant les deux appartiennent par essence au féminin. D’où vient cette absence d’égalité quand il est question d’ambition et de réussite professionnelle ? Pourquoi apparaissent-elles naturelles pour les hommes et quasiment « arrachées de force » quand il s’agit des femmes ? Et quant à la supposée auto-censure des femmes qui expliquerait que nous soyons minoritaires à la tête des grandes entreprises, moins bien payées que nos collègues masculins, que nous ayons plus de difficultés à lever des fonds pour nos projets, alors là c’est juste la réponse la plus sexiste et patriarcale que j’ai entendue.
Pourquoi la réussite féminine pose problème ?
Nous, les femmes, pensons souvent naivement que travailler dur suffit à obtenir reconnaissance, promotion et augmentation. Le syndrome de la bonne élève nous maintient dans nos bureaux en bonnes fourmis travailleuses. Et nous en oublions de communiquer sur nos réalisations.
Trop de femmes restent persuadées qu’être un bon soldat suffit pour faire décoller une carrière. Et trop d’entre elles ne comprennent pas pourquoi malgré leur efficacité et leurs résultats, elles ont le même bureau et ne sont pas chassées comme leur collègues masculins.
Avez-vous remarqué combien l’ambition féminine a une image délicate, pour ne pas dire négative ?
Elle ne semble pas naturelle. Trop souvent, les femmes qui ont envie de faire carrière sont perçues comme carriéristes, agressives, arrogantes, vaniteuses, vénales, prétentieuses, égoïstes, individualistes, manipulatrices, dominatrices, attirées par l’argent, égocentriques, à la recherche de visibilité, narcissiques, prêtes à sacrifier leur temps libre au profit de leur réussite. Et ce n’est qu’un petit aperçu de ce que j’entends à propos de celles-ci. Curieusement, la carrière des hommes paraît plus naturelle et n’attire pas autant de qualificatifs désobligeants. Ça nous semble réservé à nous, les femmes.
Selon l’historienne Michelle Perrot, la féminité a été construite sur l’idée de don. La femme donne la vie, son lait, son argent. Elle n’est pas là pour son intérêt personnel, mais pour celui de sa famille. De l’autre côté, la virilité a été construite sur l’idée de puissance. Et dans nos sociétés, la puissance est économique, professionnelle.
D’où la mauvaise image de la femme qui veut réussir en dehors du cadre qui lui est assigné, à savoir le cadre familial.
Le rapport à l’argent, au pouvoir, à la puissance, est genré.
C’est une construction ancrée profondément dans nos inconscients collectifs. À nous de la refuser et de la déconstruire en affirmant nos désirs de puissance économique, financière, de réussite en dehors de la sphère familiale, si telles sont nos envies.
Autant le dire tout de suite, oui, les femmes sont légitimes à chercher la réussite !
Nous avons raison de vouloir nous construire un chemin de vie professionnelle dense et épanouissant. Nous sommes légitimes dans l’exercice des responsabilités, à avoir du pouvoir, à gagner de l’argent.
Voilà là où le bât blesse : le pouvoir, chasse gardée masculine pendant tellement longtemps et que nous challengeons de plus en plus en osant affirmer notre désir de puissance.
Les femmes sont-elles condamnées aux petites ambitions, aux petites réussites ?
Notre ambition s’exprime tout au long de notre parcours professionnel. Elle en est la colonne vertébrale. Elle se construit, se pense, elle ne peut pas être déléguée ou laissée au bon vouloir d’un patron, d’un mentor… de quelqu’un d’autre que vous. Vous seule êtes maître de votre désir, de vos motivations, de là où vous souhaitez aller et du comment vous voulez écrire votre par- cours professionnel.
Et ne nous laissons pas abuser par les stéréotypes jeunistes en place, les seniors sont des contributeurs essentiels au tissu économique et social, nous sommes des créateurs de valeur ajoutée, des relais de transmission indispensables.
Il faut oser sa puissance.
Rechercher sa voix et prendre sa place, celle que nous souhaitons occuper et non celle que l’on nous destine. La place que nous pensons être juste pour nous. Si on pense qu’on est mieux assise à l’orchestre que sur un strapontin parce qu’on voit mieux, on entend mieux, on profite mieux, alors
on s’écoute, on ose et on prend cette place en étant certaine que c’est la nôtre, celle que nous nous destinons. Tant pis si ça énerve ou chatouille nos collègues, nos amies, notre famille.
Et non, la puissance n’est pas de l’impertinence, de la hardiesse déplacée qui vise à mettre l’autre mal à l’aise. C’est au contraire une façon d’assumer sa responsabilité. C’est refuser de déléguer à autrui la charge d’un chemin qu’il nous appartient en propre de découvrir, de bâtir.
Résister aux injonctions contradictoires !
Trop ou pas assez, les femmes sont en permanence challengées et jugées. Trop autoritaires, trop dures, trop scolaires, pas assez affirmées, solides, disponibles le soir… qu’entendons-nous sur nous que nous n’entendons pas sur nos collègues masculins !
Très souvent, en entreprise, nous sommes soumises à des injonctions contradictoires :
- Il nous faut tenir nos objectifs sans être trop dans le contrôle.
- Se montrer féminine, mais pas trop séduisante.
- Exprimer son leadership, mais bien rester dans le rang et ne pas faire d’ombre.
- Être charismatique sans prendre trop de place.
Ça vous rappelle quelque chose ? Et ce n’est pas étonnant. J’ai passé plus de vingt ans à naviguer dans des organisations internationales où les carrières des femmes étaient scrutées et appréciées différemment de celles des hommes.
Soignez votre image, votre personal branding
J’en ai retenu une leçon essentielle : on ne peut pas laisser son image en friche. Autrement dit, rien n’est anodin, tout est communication et le non- choix est un choix qui peut se révéler glissant.
Nous sommes des émettrices de signes
Et plus tôt nous en prenons conscience, plus vite nous apprenons à jouer avec. L’idée n’est pas de rentrer dans une case qui ne nous convient pas, mais de comprendre les cases en présence et de décider de ce qui nous ressemble, nous correspond. Parfois, nous sommes amenées à faire des compromis et ce n’est pas grave, ce qui importe, c’est la colonne ver- tébrale sur le long run, c’est de trouver son alphabet, comme le souligne Perla Servan-Schreiber. Le sien passe par la couleur blanche, qu’elle porte du 1er janvier au 31 décembre. C’est devenu une de ses marques de fabrique.
On peut se permettre des digressions quand on a assis son pouvoir, défini sa place, posé son cadre et que notre compétence est reconnue. Pendant les années d’apprentissage, on regarde, on apprend, on se nourrit des leçons de savoir-faire des autres femmes. On ne peut pas tout de suite décider de renverser la table et imposer son style quand on vient d’arriver dans un milieu professionnel, une entreprise dont on n’a pas tous les codes en main.
Appropriez-vous les 3 clés de la puissance et de la réussite
Pour avoir une voix, se faire entendre et être écoutée, il faut combiner 3 choses :
- être audible
- être crédible
- être visible
Osez communiquer sur vos réussites, ce fameux « faire savoir ». Participez aux « small talks », ces discussions informelles qui sont des opportunités de parler en positif de soi, de ses réalisations.
Assumez franchement votre réussite
Non, vous n’avez pas eu de la chance quand vous avez remporté ce gros contrat. Vous avez bossé d’arrache pieds sans compter vos heures. Vous êtes allée chercher votre victoire. Revendiquez-là et savourez-là y compris avec vos collègues. Faite savoir vos accomplissements. C’est la clé de la crédibilité, de la visibilité et de la reconnaissance.
Dans mon nouveau livre Osez votre âge, libérez votre puissance, vous trouverez tous les outils pour booster votre ambition et rayonnez. Alors non, nous ne sommes pas cantonnées aux petites ambitions. Quelle bonne nouvelle !!!